Investissements au Monténégro : les bonnes affaires des Émirats arabes unis avec le « clan Djukanovi »
La famille royale Al-Nahyan d'Abou Dabi est en discussion avec le Premier ministre
monténégrin pour entrer dans la capital de la Prva Banka, une des propriétés du « clan
Djukanovi ». Plus qu'un investissement financier, cette transaction est un coup de pouce à
une banque en manque de liquidités. En contrepartie, l'opération devrait permettre aux
Emiratis d'obtenir la privatisation de la Grande plage d'Ulcinj.
La famille royale d'Abou Dabi, Al-Nahyan [1], souhaite acquérir la Grande plage d'Ulcinj par
l'entremise de sa compagnie Hidra Properties. L'une des démarches préalables nécessaires à cet
investissement est d'entrer dans le capital de la Prva Banka, contrôlée par le Premier ministre Milo
DJukanovi et son frère Aco, ont confirmé à Vijesti certaines sources au sein des marchés financiers.
Les Emiratis sont toujours en pourparlers avec les propriétaires de la Prva Banka pour engager une
recapitalisation de la société et acheter des actions afin de détenir 40% de la banque monténégrine.
Certaines sources proches des patrons de la Prva Banka affirment que les frères Djukanovi
resteront actionnaires de la banque même après l'entrée des Emiratis, ce qui devrait garantir aux
investisseurs arabes la réalisation de multiples projets.
La Prva Banka est probablement l'institution financière dont la croissance a été le plus rapide au
monde ces deux dernières années. Non sans entrainer quelques difficultés. Les nouveaux capitaux
affluent mais les investisseurs restent prudents et aucun de souhaite acquérir la majorité des actions
de la banque. Tous insistent pour que les principaux actionnaires restent en place jusqu'à nouvel
ordre.
L'arrangement avec les Emiratis, qui n'est pas encore officiellement conclu, devrait, en plus d'une recapitalisation et de l'achat d'actions, entraîner de nouveaux dépôts financiers.
Et des injections financières de cette nature devraient dynamiser la banque et la hisser dans le
cercle très restreint des « banques stables ». Les Emiratis vont certainement se servir de cette
banque pour soutenir leurs investissements au Monténégro, notamment sur la Grande plage d'Ulcinj.
La famille Al-Nahyan, par l'entremise de sa compagnie Hidra Properties, qui appartient au Royal
Group, a envoyé une lettre d'intention pour signifier son intérêt pour le site d'Ulcinj. Le projet devrait
brasser des milliards d'euros et Hidra Properties a l'expérience de la construction de centres
touristiques et commerciaux.
L'acquisition de Prva Banka n'est définitivement pas une priorité pour eux, surtout sur un marché
aussi étroit que celui du Monténégro. L' « aide » apportée à la Prva Banka est plus, pour les
Emiratis, un commission en prévisions de futurs projets.
Mais une question se pose. Peut-on assurer aux Emiratis qu'ils obtiendront la plage, alors même que
l'appel d'offre n'a pas encore été publié ? De fait, d'autres investisseurs sont intéressés par le projet,
notamment la multinationale Trigranit basée à Budapest.
Royal Group est l'un des investisseurs les plus solides du monde. A la différence des autres pays du
globe, les Émirats arabes unis ne sont pas atteints par la crise financière car ils possèdent des
réserves énormes de pétrole et ils attirent les touristes les plus fortunés du monde. Royal Group
possède des entreprises touristiques, financières, immobilières, commerciales, etc.
Plusieurs membres de la famille Al-Nahyan ont déjà visité le Monténégro. Le plus important d'entre
eux, l'émir Mohammed bin Zayed Al-Nahyan, prince héritier du trône d'Abou Dabi, a rencontré fin
août le Premier ministre Milo Djukanovi, mais l'opinion publique monténégrine n'en a pas été
officiellement informé.
Au début du mois d'août dernier, l'émir Khalifa bin Zayed Al-Nahyan a fait un séjour à Budva où il a
rencontré Svetozar Marovi et les personnalités de cette ville au sujet d'investissements à Slovenska
Pla~a. Auparavant, l'émir Haza bin Zayed Al-Nahyan était déjà venu au Monténégro lors d'une visite
organisée par le groupe Atlas.
Prva Banka : une histoire longue et mouvementée
D'après les informations que l'on trouve sur le site de la Prva Banka, la société souhaite perpétuer
l'héritage de la première société de ce genre au Monténégro, la caisse d'épargne Prva Nikaika
`tedionica fondée le 6 janvier 1901.
Transformée plus tard en banque, la société a changé de statut juridique. De 1995 à 2007, elle
fonctionne comme une société anonyme sous le nom de Nikaika Banka. Au début de 2007, à
l'assemblée des actionnaires, lors de l'élection d'une nouvelle administration, la Compagnie d'Aco
Djukanovi, Monte Nova (liquidée cette année), est devenue l'actionnaire principal, et la banque prit
le nom Prva Banka Crne Gore.
Aco ukanovi détient environ 28% des actions de la banque, achetées en bourse et lors d'enchères
organisées par l'État. Achetées 127 euros à l'unité, elles sont aujourd'hui cotées à environ 600 euros.
L'histoire de la Prva Banka est mouvementée. Après avoir pris possession de la banque, Aco
Djukanovi a organisé plusieurs recapitalisations durant lesquelles des membres de sa famille, des
amis et des entrepreneurs qui souhaitaient améliorer leurs affaires sont devenus actionnaires.
La Prva Banka a été connue du grand public en août 2007, lorsque Milo ukanovi, alors président du
DPS et actuellement Premier ministre, a acheté 7% des actions pour un million et demi d'euros.
L'opinion publique fut alors informée que Milo Djukanovi avait acheté ses actions avec l'argent d'un
crédit obtenu auprès de la filiale londonienne Pireus Banka Grèce. Pour obtenir ce crédit, Djukanovi
a hypothéqué une partie de ses actions. Et le Premier ministre a récemment vendu une partie de ses
actions pour un million et demi d'euros, le montant qu'il lui fallait pour rembourser son crédit. Milo
Djukanovi possède actuellement environ 5% des actions de la banque.
Peu après Milo Djukanovi, des actions de la banque ont été achetées par la compagnie de Budva,
Moninvest, dont le copropriétaire était alors le vice-président du DPS Svetozar Marovi. Ces actions
ont aussi été achetées à faible prix, alors qu'elles avaient une valeur plusieurs fois supérieures sur le
marché. Au printemps dernier, Svetozar Marovi a quitté la compagnie Moninvest, de sorte que ces
actions ne peuvent plus formellement être reliées à son nom.
Parmi les proches des frères Djukanovi, les autres actionnaires de la Prva Banka sont Ana
Kolarevi, Vuk Rajkovi, Goran Rakoevi, Vesko Barovi...
L'actif de la banque, de 29 millions d'euros au milieu de l'année 2006 et de 546 millions aujourd'hui,
témoigne de l'influence des actionnaires dans les affaires. Les dépôts étaient de 20 millions il y a
deux ans, et actuellement ils sont d'un demi-milliard d'euros. Les marchés publiques dont s'occupent
la Prva Banka ont aussi contribué à la croissance de la banque, de sorte que cette institution est
devenue la deuxième du Monténégro. Mais avec le temps, des problèmes sont survenus en raison
de délais entre les rentrées et les sorties d'argent, et le manque de liquidités. L'arrivée d'un nouveau
partenaire stratégique était donc devenu plus que souhaitable.
L'un des problèmes principaux de la banque est le fait que les « amis », individus comme sociétés,
remboursement péniblement leurs crédits. Parmi ces derniers, figurent certains entrepreneurs privés
bien connus du grand public. Ils se sont endettés pour acheter des actions et des biens immobiliers à
une période euphorique où les prix atteignaient des sommets. Or, ces derniers jours, les valeurs
boursières et l'immobilier subissent un véritable krach.
Une revitalisation de l'économie ?
Sur les marchés financiers, on pense que la venue de la famille royale d'Abou Dabi dans le capital
de la Prva Banka, et ses investissements à Ulcinj, pourraient permettre à l'économie monténégrinede repartir. Ces deux transactions devraient entraîner un afflux de capitaux.
Le gouvernement monténégrin prépare aussi un appel d'offre pour recapitaliser Elektroprivreda et
construire de nouvelles centrales électriques.
Les recapitalisations d'Elektroprivreda et de la Prva Banka peuvent en particulier avoir une influence
sur le marché des capitaux. Ces transactions pourraient permettre à certains actionnaires
minoritaires de revendre leurs parts. La venue des Emiratis pourraient alors redonner confiance au
secteur économique monténégrin, soulignent certains acteurs financiers au Monténégro.
[1] Les Émirats arabes unis sont un État fédéral regroupant sept émirats mitoyens, Abou Dabi, Ajman, Charjah, Dubaï,
Fujaïrah, Ras el Khaïmah et Oumm al Qaïwaïn. Abou Dabi en est la capitale et le plus riche des sept émirats.